voile
novembre 25, 2013 | by Sean Luzi
3 leçons de voile à l’usage des entrepreneurs

10 novembre 2012-27 janvier 2013 : 78 jours d’aventure pour le vainqueur François Gabart. 20 skippers au départ. 20 entrepreneurs pur jus ! Car oui, ce genre de défi est avant tout une entreprise. Que nous apprend cette performance ? Pouvons-nous nous en inspirer pour mener à bien un projet d’entreprise ? Quels enseignements utiles pouvons-nous tirer de cet exploit hors du commun ?

De manière plus évidente encore que bien d’autres exploits sportifs, le tour du monde en solitaire est avant tout une entreprise. Au sens large du terme : démarche active où l’on entreprend de réaliser un projet. Or, il se trouve que la grande majorité d’entre nous est dans cette posture.

En effet, qui peut affirmer qu’il n’entreprend rien ?

Nous sommes tous entrepreneurs à différents degrés. Que ce soit dans le cadre classique d’une création : start-up, commerce, activité artisanale, consulting, etc. ; que ce soit dans le cadre familial : entreprendre de faire construire sa maison, de créer une famille, de tenter l’expatriation, voire de prendre une année sabbatique pour sillonner le monde ; que ce soit dans un cadre sportif : entreprendre de courir le Marathon de Paris, de gravir le Kilimandjaro, ou plus modestement de progresser dans un sport qui vous plait ; ou encore dans le cadre de votre emploi : porter un projet en interne, créer une association au sein de votre boîte, viser un poste élevé.

Toute action dirigée vers un objectif peut être considérée comme une entreprise.

Entreprendre un tour du monde à la voile. Voilà une démarche hautement exigeante qui peut nous en apprendre beaucoup sur la réussite entrepreneuriale. Alors quel que soit votre profil, votre statut, votre secteur d’activité et votre stade d’avancement, il y a quelques grandes leçons à tirer de cette aventure autour du monde. Des enseignements directement transposables à votre entreprise à savoir : il existe 4 types de ressources.

1) La ressource financière

Comme le skipper qui doit être soutenu financièrement par un sponsor, vous [entrepreneur] devez pouvoir compter sur une certaine capacité d’investissement : fonds propres, love-money, business angels, banques, etc.

2) La ressource technique

L’ingénierie qui permet de créer de toutes pièces une machine capable de naviguer malgré d’importantes contraintes. La capacité à intégrer les données météo pour choisir le bon itinéraire, les compétences de pilotage, etc. Pour vous entrepreneur, ce sont vos compétences et expertises. Elles vous permettent d’apporter de la valeur et de la crédibilité à votre projet. Quand elles sont fédérées grâce aux profils complémentaires de plusieurs associés, ces ressources techniques peuvent devenir ce que l’on nomme un « cerveau collectif » c’est-à-dire une entité dont le niveau de compétence est supérieur à la somme des compétences individuelles qui la composent.

3) La ressource collective

Bien que seul en mer, le skipper est d’abord une pièce (maîtresse) d’un puzzle plus grand, d’autres personnes ont planché sur sa préparation, sur la construction du bateau, sur l’élaboration des stratégies de course, etc. Pour vous entrepreneurs, la ressource collective se trouve d’abord chez vos associés (si vous en avez), parmi vos amis et les membres de votre famille, par le biais des conseils qu’ils peuvent vous prodiguer, mais aussi, éventuellement, au sein de votre structure d’accompagnement (incubateurs, mentorat, etc.).

4) La ressource émotionnelle

C’est sur celle-ci que nous allons nous pencher tout particulièrement. Pourquoi donc ? Parce que, si trois premières ressources dont nous avons parlé ci-dessus sont relativement bien traitées dans les diverses publications destinées aux entrepreneurs, la quatrième semble un peu laissée pour compte.

Et la raison pour laquelle on en sous-estime l’importance tient pour partie à ses contours, parfois flous, qui méritent d’être ici clairement redessinés. Nous remercierons donc les skippers du Vendée Globe, lesquels vont nous aider à mieux comprendre quelles sont ces ressources émotionnelles, capitales pour la réussite de toute entreprise.

Leçon n°1 : Le désir est le moteur de l’action

« Aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai envie d’y retourner. Et je sais que tant que je n’ai pas cette envie en moi, je n’y retournerai pas. Je pense que j’ai utilisé en trois mois toute l’énergie que j’avais en moi depuis plusieurs années, je suis à plat, à zéro. J’imagine que je vais me regonfler assez vite, mais, pour l’instant, je n’ai pas encore le désir d’y retourner ». Tout est dit, par ces mots, François Gabart, vainqueur de l’édition 2012/2013, nous fournit une des clés de compréhension les plus utiles pour ceux et celles qui entreprennent.

Un des secrets de la réussite entrepreneuriale est la capacité à stimuler une ressource profondément émotionnelle : le désir. Appelez-le passion, envie, motivation… le désir demeure le fondement de toute entreprise, demandez-vous ce qui vous pousse à prendre tous ces risques à vouloir créer votre entreprise, demandez-vous ce qui alimente votre énergie.

Qu’est ce que vous cherchez à atteindre au travers de cette démarche ?

Un désir faible engendrera une faible mise en action et de maigres résultats. Un désir moyen engendrera une mise en action moyenne et des résultats moyens. En revanche, un sentiment de fort désir engendrera beaucoup d’énergie et c’est elle qui fera fonctionner vos mécanismes internes à un niveau optimal. On n’entreprend pas un tour du monde en solitaire sans être alimenté de manière puissante par un fort désir d’accomplissement. De même, la meilleure disposition (et de loin) pour monter votre boîte n’est pas d’avoir simplement « envie » de le faire, mais bel et bien de ressentir au plus profond de vous-même que l’idée même de cette entreprise génère une énergie d’action sans commune mesure.

Il faut que vous soyez mus par un fort désir d’accomplissement, que vous ressentiez cette énergie émotionnelle puissante et stimulante. À noter que plus cette ressource est stimulée, plus les obstacles et coups durs qui jalonneront votre parcours paraîtront dépourvus de gravité. Mon conseil à ce stade pour stimuler le désir : identifiez précisément, si possible au-delà du seul aspect financier, les raisons qui vous poussent à entreprendre. Il existe mille raisons et chacun a les siennes.

Ce peut-être un sentiment de fierté vis-à-vis de vos proches, le sentiment jouissif de repousser vos limites, l’impression de vous surprendre chaque jour, la qualité des services que vous souhaitez proposer ou, comme Steve Jobs, l’intime conviction que ses produits changeraient la vie des gens et qu’ils se situaient au carrefour de la technologie et de l’art. Quelles que soient ces raisons, assurez-vous de débusquer celles qui ont le plus de sens pour vous, celles qui engendrent le plus d’énergie émotionnelle, car c’est là votre seul et unique moteur, alors autant qu’il tourne à plein régime.

Leçon n°2 : cultivez la confiance

Une aventure de près de 80 jours, seul, dans un milieu franchement hostile pour l’homme. En seriez-vous capable ? Tout comme le désir, la confiance s’avère être un précieux allié sur lequel il faut absolument que vous puissiez compter. Qu’est-ce que la confiance ? C’est d’abord un sentiment. La confiance, on la ressent. D’une manière plus ou moins prononcée, là est le problème… Et il en faut de la confiance lorsque l’on doit braver la houle nuit et jour durant deux mois et demi.

À son retour sur la terre ferme, François Gabart expliquait que suite à une avarie, il avait été obligé de réparer le système défectueux sans vraiment savoir si cette manœuvre allait être couronnée de succès. En fin de compte, ce fut le cas. Son analyse fut donc positive : désormais, quoi qu’il puisse arriver, il se sentirait capable de gérer la situation puisque l’expérience lui avait fourni une bonne raison de croire à cette idée. Voilà le mécanisme de la confiance à l’œuvre. C’est une analyse de tous les instants qui se fait de manière inconsciente et qui est alimentée en données diverses provenant essentiellement de l’expérience.

Accumulez des expériences qui générèrent du positif et confirment que vous pouvez faire telle ou telle chose, obtenir tel ou tel résultat et vous alimenterez mécaniquement votre capital confiance. Entrepreneurs, vous êtes de ceux qui vont devoir prendre des risques et sortir à de maintes reprises de leur zone de confort. C’est votre niveau de confiance qui vous permettra de porter un regard optimiste malgré les revers.

C’est ce sentiment qui vous affranchira des doutes et vous permettra de marcher avec entrain hors de votre sphère de commodité, cette fameuse limite virtuelle et totalement subjective qui peut vite devenir un handicap pour qui ne sait pas en repousser les contours. Que ce soit le skipper qui doit faire face tous les jours à de nouvelles « galères » ou l’entrepreneur qui rencontre d’inévitables obstacles, c’est la ressource confiance qui leur permet de gérer l’adversité en restant positif. C’est elle qui permet au désir (leçon n°1) de se matérialiser dans le réel. En ce sens, l’une et l’autre de ces ressources sont indissociables pour qui veut entreprendre efficacement.

Leçon n°3 : le plaisir est un produit dopant

Un dopage naturel et légal qui plus est ! On peut se demander quel plaisir y a-t-il à passer près de trois mois seul sur une embarcation en proie à l’hostilité des milieux extrêmes, coupés du monde et de ses proches, sans cesse chahuté par la houle et condamné à ne dormir que 3h par jour par petites tranches de 20 minutes… Eh bien justement ! Le plaisir est un petit miracle dans le sens où il peut survenir même dans les conditions les plus difficiles. Mais plus encore que cette caractéristique, ce sont ses qualités de dopant qui nous intéressent ici. Imaginons que cette ressource, puisqu’il s’agit bien d’une d’entre elles, soit totalement absente de l’aventure tour du monde. Ce serait un véritable enfer, au sens littéral du terme.

Ayant cette propension à germer même là où l’on s’y attend le moins (lever de soleil en pleine mer, plat chaud par gros vent, escorte de dauphins, vue des côtes, pleine lune par temps calme, étoiles surgissant d’un ciel immaculé, pensées plaisantes, etc.) le plaisir est une ressource dans la mesure où il modifie la chimie du cerveau dans un sens positif. Il influe également sur l’état du corps en déclenchant des émotions positives d’intensités variées. Le plaisir est donc un dopant naturel qu’il est possible de provoquer afin d’en extraire l’énergie.

Pour l’entrepreneur, il s’agira de bien identifier ce qui déclenche cette ressource, car elle l’alimente en énergie d’action. Une démarche entrepreneuriale qui ne reposerait que sur le désir (projection future) sans intégrer la dimension plaisir (ressenti immédiat), serait stérile, car il manquerait là une pièce au moteur. Il est donc essentiel que vous sachiez identifier les déclencheurs de plaisir afin de pouvoir en intensifier les effets et en favoriser la survenue. Ainsi, à chaque fois que quelque chose, dans votre quotidien d’entrepreneur génèrera ce sentiment de plaisir, vous serez à même d’intensifier ce ressenti (en prenant conscience du procédé) et d’augmenter les chances que cela se produise à nouveau.

Le bénéfice direct est le suivant : c’est à peu de chose près comme si, à chaque fois, on vous donnait une pastille stimulante. Et plus vous en prenez, plus votre énergie d’action augmente, plus votre motivation croît et moins le négatif a d’emprise sur vous. Le plaisir pris dans une activité permet de réguler la perception négative que l’on peut développer à l’égard de certains aspects de cette activité. C’est une ressource clé dans le sens où elle alimente également votre désir. En effet, la volonté de revivre une situation plaisante et donc de ressentir le sentiment positif associé devient un désir.

Que se passe-t-il lorsque le niveau de plaisir atteint un haut degré d’intensité ? Par exemple lorsque le skipper franchit la ligne d’arrivée et qu’il reçoit les acclamations de la foule et perçoit la fierté de ses proches. L’émotion qui le gagne, en l’occurrence la joie (associée à un cortège de sentiments connexes) n’est autre qu’un fort plaisir qui se grave profondément dans la moindre strate de son être, s’ancrant si fermement que cela viendra nourrir, même des années plus tard, un puissant désir de revivre cet instant.

Voilà pourquoi, malgré l’apparent flottement qui semble planer sur les mots du vainqueur (« … je suis à plat, à zéro. J’imagine que je vais me regonfler assez vite, mais, pour l’instant, je n’ai pas encore le désir d’y retourner »), il ne fait aucun doute que la ressource a priori tarie dont il fait mention ne saurait rester très longtemps en l’état.

Il existe bien sûr d’autres ressources émotionnelles (que nous ne traiterons pas dans cet article) qu’il est également possible, grâce à certaines stratégies, d’optimiser. Cependant, s’il faut en retenir trois, c’est à celles étudiées ici qu’il convient d’accorder une attention particulière. Et c’est à la lumière des exploits « Vendée Globistes » que ces trois leçons prennent une dimension concrète qui permet de mieux comprendre le background émotionnel de ceux et celles qui entreprennent.

Cette semaine se tient le 20e salon des Entrepreneurs de Paris. À cette occasion ont été publiés les résultats d’un sondage portant sur « Les Français & l’esprit d’entreprise » (sondage mené par l’Institut Think pour l’APCE et CERFRANCE à l’occasion du 20e Salon des Entrepreneurs de Paris). On y apprend que 30 % des Français disent avoir envie de créer ou reprendre un jour une entreprise soit un vivier de 15 millions d’entrepreneurs potentiels.

Pour booster la compétitivité du pays, il sera donc décisif, pour les groupes de travail qui planchent actuellement sur différents thèmes dans le cadre des assises de l’entrepreneuriat, d’optimiser les quatre types de ressources que nous avons vues ici. Et il sera plus stratégique que jamais de stimuler le trio Désir-Confiance-Plaisir afin que ces 15 millions d’entrepreneurs en puissance disposent d’assez d’énergie d’action pour alimenter leur aventure entrepreneuriale et naviguer vers leurs objectifs avec détermination et succès.

Crédit photo > Jean Marie Liot / DPPI

Vice-président du Cercle des jeunes entreprises (LeCJE.fr), conférencier et auteur aux éditions Dunod, il est expert sur divers médias business (LesEchos.fr, RHinfo, Place des réseaux, JDN Management et JDN Business...) et intervient régulièrement pour l'association 100000 Entrepreneurs.

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