Bonheur au travail
novembre 23, 2013 | by emosapiens
Le bonheur au travail, by Olivier Lajous

« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. 

Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de ça et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. 

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. »

Cette parabole des porcs épics du philosophe allemand Arthur Schopenhauer me permet d’aborder de manière illustrée le sujet du bonheur au travail. Politesse et belles manières en seraient les clés ? Elles sont bien sûr nécessaires, mais doivent se conjuguer avec bien d’autres vertus qui sont la discipline, la confiance, l’engagement et l’amour.

La discipline

Un koan zen (proverbe bouddhique) dit : «Recherchez la liberté et vous deviendrez esclave de vos désirs. Recherchez la discipline et vous trouverez la liberté.»

La discipline rend libre le luthier qui apprend à maîtriser l’art de fabriquer et réparer les violons, mais aussi le musicien, l’athlète, l’ouvrier, le pilote d’avion, le chirurgien, l’infirmier, ou encore le marin, le nomade et le montagnard qui adaptent leurs comportements aux caprices de la mer, du désert ou de la montagne.
Loin d’être une aliénation, la discipline est une manière de se réaliser, de s’adapter à l’environnement et de progresser au sein d’une communauté en lui apportant sa compétence et son talent. Elle permet de vivre et d’agir ensemble sur la base de règles librement consenties et partagées.

La confiance

A la mer, le commandant peut dormir la nuit s’il sait que les équipes de quart qui vont conduire les opérations et manœuvrer le navire sont prêtes et le préviendront sans hésiter s’il le faut. Quoi de plus excitant quand on est jeune officier, âgé d’à peine plus de 20 ans parfois, que de se voir confier la conduite du navire en opération au milieu de la nuit, en plein océan, en sachant que le commandant dort en toute confiance, et de sentir la confiance des marins, jeunes et moins jeunes qui font partie de votre équipe de quart. La confiance repose sur la compétence et l’engagement de chacun dans son rôle au sein de l’équipage.

L’engagement

Beaucoup de gens renoncent à s’engager par peur de l’autre et peur d’eux-mêmes, par manque de confiance. Convaincus d’être dans un environnement sourd à leurs attentes, ils se réfugient dans une attitude égocentrée et minimaliste. Ils n’osent pas être libres, se perdent dans un relativisme cynique et démobilisateur qui conduit au présentéisme ou à l’absentéisme.

Pour poursuivre cette réflexion sur l’engagement qui, est au cœur de la gestion du bonheur au travail, trois citations me paraissent éclairantes :

L’une de Marguerite Yourcenar dans Alexis ou le traité du vain combat qui écrit : « Tous nous serions transformés si nous avions le courage d’être ce que nous sommes. »

L’autre du théologien jésuite Pierre Teilhard de Chardin : « L’avenir dépend du courage et du savoir-faire que les hommes montreront à vaincre les forces d’isolement ou même de répulsion qui semblent les chasser loin les uns des autres plutôt que de les rapprocher ; ce n’est pas d’un tête-à-tête, ni d’un corps à corps dont nous avons besoin…c’est d’un coeur à coeur ».

Et enfin celle de l’écrivain Jean Guéhenno : « Chaque homme doit inventer son chemin de vie et trouver en lui la force de refuser la vraie trahison qui est de suivre le monde comme il va et d’employer son esprit à le justifier.»

A chacun de nous d’oser le coeur à coeur de la vie, de refuser de suivre le monde comme il va et d’oser être libre et engagé, solidaire et confiant.

L’amour

« Un modéré, c’est un monsieur qui s’occupe modérément des intérêts d’autrui », écrivait Jules Renard dans son journal (1905-1910). Je ne suis pas d’accord avec lui, même si je comprends les limites qu’il fixe aux intérêts d’autrui. S’il faut être modéré comme il le suggère, alors soyons le par l’amour, cette capacité humaine qui doit nous guider dans nos rapports avec les autres.

Le collectif se conjugue à l’individuel quand on sait s’aimer soi-même pour mieux aimer les autres. « Aime ton prochain comme toi-même » nous dit un des commandements de la religion catholique. Etre bien avec soi permet d’être bien avec les autres, de recevoir comme de donner, et ce que nous pouvons faire de mieux pour nous comme pour les autres, c’est de vivre en paix avec nous-même en refusant de nous sentir inférieur ou supérieur à l’autre, en sachant être respectueux de l’autre comme de nous-même.

Finalement le bonheur est une étonnante alchimie.

Tous nous l’espérons, le cherchant parfois loin de là où il est, car après tout, où est-il ? Et bien je crois le savoir aujourd’hui après de nombreuses années d’interrogation : il est d’abord en chacun de nous.

Au travail comme à la maison, on ne peut ni le décréter ni l’imposer, seulement le favoriser en ayant une éthique de vie et de travail clairement exprimée et partagée. Pour ma part, j’ai la conviction qu’il n’y a pas de recette miracle pour le bonheur si ce n’est la volonté de chacun d’entre nous d’être heureux et de vouloir le bien-être de l’autre, à égalité du sien.

Au travail cela passe par des règles de comportement bien énoncées, une attention continue aux conditions de vie et de travail de chacun, une empathie ni feinte, ni contrainte. Il faut savoir aller au contact des équipes, ne pas se réfugier derrière des comportements appris, être naturel, sincère, attentif, réactif. Oui, le bien-être au travail passe bien par la volonté du manager d’être heureux et de partager son bonheur avec ses collaborateurs, mais aussi, et à égalité, par la volonté de ceux-ci d’accepter ce partage. Le bonheur est bien l’affaire de chacun de nous.

Êtres d’une humanité par nature métisse, nous sommes tous le résultat d’un mélange jungien fait de sensation, de sentiment, d’intuition et de pensée, tout à la fois êtres charnels et intellectuels, mystiques et épicuriens. Quand tout cela en nous s’équilibre harmonieusement, alors sans doute le bonheur n’est-il pas très loin. Cet équilibre en nous ne dépend que de nous. C’est ce que nous dit le philosophe Auguste Chartier, plus connu sous le pseudonyme d’Alain : « Il y a plus de volonté qu’on ne le croit dans le bonheur. »

Osons le bonheur, au travail comme ailleurs !

Auteur >> Olivier Lajous

Ouvrage : L’Art de diriger ?

Copyright Olivier Lajous

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