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janvier 12, 2014 | by Sean Luzi
L’entrepreneur est-il un fruit de la passion ?

Billet coécrit avec Jacques Séguéla.

La passion fait le monde, la raison le défait. Or, nous vivons actuellement un changement de civilisation qui met à mal cette passion. Nouvelles technologies, éducation, crise… Il est de plus en plus difficile de s’affranchir de l’emprise croissante du tout rationnel. Dès lors, comment l’entrepreneur peut-il construire le monde nouveau ? Parviendra t-il à insuffler de la passion dans les entreprises de demain ?

La passion fait le monde, la raison le défait

Les notions de passion et de raison ne sont pas totalement antagonistes. En réalité, il s’agit d’ingrédients complémentaires qu’il convient d’assembler. Un mariage de raison nécessaire pour faire avancer le monde. Car ce dernier avance par cycles : après chaque grand coup de passion (après-guerre, années 68, années Mitterrand etc.) la raison prend le dessus et ficelle tout, souvent à l’extrême. Le défi consiste à trouver le point d’équilibre.

Cela n’est pas sans rappeler le principe du coup de foudre : une passion s’empare de deux personnes et enflamme leur cerveau limbique (zone qui régit les émotions). S’en suit un pic affectif qui perdure quelques mois durant, jusqu’à ce que la raison (cerveau rationnel) ne vienne ficeler la relation. Au risque de la rendre fade et d’hypothéquer ses chances de survie. Si l’équilibre n’est pas rapidement retrouvé, une crise survient. Au cours de ce cycle, l’ère de la passion rime généralement avec changement.

Le même mécanisme est à l’œuvre sur le plan sociétal. Nous vivons aujourd’hui une période charnière : l’effondrement des valeurs de la raison (essentiellement incarnées par l’argent) au profit d’une montée en puissance de la passion. Un changement de civilisation est à l’œuvre. Avec un défi, de taille, qui consiste à passer de l’abondance à l’innovation.

On a fait des bagnoles, des bagnoles, des bagnoles. Mais on a oublié de leur donner de la gueule. JS

L’opulence et la profusion du XXème siècle est en train de faire place à une période de « régime » qui contraint les sociétés modernes à créer moins mais mieux. Générer de la valeur ajoutée, des produits extraordinaires, des services surprenants, des expériences uniques, du design, de l’art. Comment ? Eh bien par la passion pardi !

Il est temps de remplacer la frivolité par la frugalité. JS

La technologie glace la passion

La nouvelle génération est en quelque sorte une « génération de mutants » qui naît et grandit dans un écosystème High Tech. Le danger qui guette cette génération vient du fait que la technologie glace sa passion.

Nous entrons de plain-pied dans une 3ème révolution. La 1ère était marchande, la seconde industrielle. Aujourd’hui, il s’agit de la révolution immatérielle. Le web s’étend dans le monde entier. Comme souvent en matière de progrès technologique, cette implacable expansion n’en est pas moins dépourvue d’effet délétère. Les nouveaux comportements virtuels déciment la matérialité et laissent peu de place à la sensualité. L’humain se désagrège, il y a moins d’empathie.

Aujourd’hui, une lettre d’amour c’est « T OU ? ». JS

« Le tweet est le plus grand assassin de la littérature de tous les temps ». On ne court qu’après le jeu de mot. La publicité en est la première responsable car elle a toujours parlé en slogans. Cependant, tant que cela était accessoire, il n’existait pas de réel danger. En revanche, lorsque cela devient l’essentiel, il est temps de tirer la sonnette d’alarme !

Il faut remettre l’écrit au goût du jour car la passion se véhicule beaucoup mieux par l’écriture cyrillique. Ces 6 derniers mois, 1 Européen sur 3 n’a rien écrit de sa main ! Aux états unis, 40 états sont allés jusqu’à interdire celle-ci au profit de l’écriture sur tablette… Certes, c’est très pragmatique et très raisonnable. Mais cela tue la passion !

Le deuxième émasculateur de passion : l’éducation

Les enfants sont militarisés dès la crèche, on en fait des soldats de la vie. Repas à heure fixe, dress code, discipline… l’uniformité et la régularité est créateur de raison non de passion. A partir de 12 ans, la course au baccalauréat constitue un système d’émasculation et de compétition et promeut l’égoïsme au rang de valeur suprême. On les transforme en petits guerriers de la culture et de la connaissance : des boxeurs du savoir qui doivent mettre KO les autres pour espérer obtenir une mention.

Dans les universités anglo-saxonnes, il n’y a pas de note. Les étudiants sont organisés en campus et travaillent ensemble. Le sport fait partie de la vie et les valeurs collectives sont encouragées.

Les grandes écoles sont devenues des machines à fabriquer les « cancres du sur-savoir ». Les autodidactes n’ont plus droit au chapitre et il n’y a plus de place pour les individus qui viennent d’ailleurs et qui ont entrepris le tour du monde. Or, nous savons que l’espèce Humaine devient plus forte avec le métissage. Notre patrimoine génétique en sort grandi car le brassage permet d’enrichir notre ADN. Il en va de même avec les idées, les personnalités, les expériences. L’évolution de la classe dirigeante ainsi que sa capacité à relever les défis du XXIème siècle implique un métissage, non un clonage.

La crise est un tue la passion

Or, en matière de crise, la passion est le seul remède auquel nous pouvons faire appel. La passion c’est l’optimisme, l’ouverture, l’envie de créer, l’innovation. C’est elle qui permet d’imaginer et de construire un futur plus radieux quand bien même les indicateurs rationnels seraient plutôt de nature à générer du pessimisme.

Nous sommes fils de Descartes et de Voltaire : nous avons l’esprit critique. Mais dès lors qu’un grain de sable s’immisce dans la machine et enraye le mécanisme… nous perdons aussitôt toute rationalité ! Conséquence, ce qui était une force devient de la peur. La raison contrariée produit de l’angoisse qui se mue en colère et en violence. Et cela se termine souvent dans la rue.

Nous sommes également fils de 68 et 89 (libertaires). Mais dès que cela va mal, nous nous replions sur nous-même et attendons que l’orage passe. Un réflexe purement égoïste qui va à l’encontre des valeurs d’intelligence collective et de solidarité.

Enfin, nous sommes fils de Jésus (de la culture judéo-chrétienne). Nous possédons un double complexe : celui de supériorité et d’infériorité vis-à-vis de l’argent. Nous complexons lorsque nous en avons mais également quand nous en sommes dépourvus…

L’argent n’a pas d’idée, seul les idées font de l’argent

Steve Jobs était le seul de la Silicon Valley à incarner la passion ! Et cela lui a coûté sa place… C’est d’ailleurs par la passion qu’il a sauvé Apple, lui qui avait pour leitmotiv de se situer au carrefour de l’art et de la technologie. Qu’est ce que l’art sinon la capacité à provoquer, au travers d’un acte, d’un objet ou d’une œuvre immatérielle, une émotion chez celui ou celle qui en fait l’expérience. Et c’est bien là ce qui lui donne toute sa valeur.

Les entrepreneurs d’aujourd’hui et de demain doivent s’efforcer d’être des fruits de la passion, malgré les diktats de la raison, malgré l’omniprésence des nouvelles technologies, malgré l’héritage de l’éducation et malgré la crise et ses réflexes égocentrés.

La troisième révolution – immatérielle – dans laquelle nous entrons exige de nous plus de créativité, d’énergie, de talent, de singularité et d’empathie. Si elle ne veut pas payer un lourd tribut sur le plan sociétal, il est urgent pour l’humanité qu’elle se reconnecte à sa fibre émotionnelle, intuitive, passionnée et visionnaire.

Réussir, c’est être en accord avec soi-même, faire les choses avec passion et pas avec raison. Hélène Darroze

Un grand merci à Jacques Séguéla pour avoir partagé sa vision, ses idées et valeurs.

Découvrez son ouvrage « Merde à la déprime«  paru aux éditions JC Gawsewitch.

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Vice-président du Cercle des jeunes entreprises (LeCJE.fr), conférencier et auteur aux éditions Dunod, il est expert sur divers médias business (LesEchos.fr, RHinfo, Place des réseaux, JDN Management et JDN Business...) et intervient régulièrement pour l'association 100000 Entrepreneurs.

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