Copyright Jacques Attali
janvier 23, 2014 | by emosapiens
Pour une société positive [by Jacques Attali]

Le deuxième sommet du LH Forum, au Havre, fin septembre 2013, a permis de faire le point sur l’actualité de l’économie positive et de prendre la mesure des nouveaux enjeux qu’il importe d’adresser, pour la faire vivre.

4000 participants, venant de 45 pays ; des centaines d’ONG, de mutuelles, de coopératives, d’universités, d’entreprises privées, ont confronté leurs expériences et leurs stratégies, visant à tenir compte, dans toutes leurs décisions, des exigences du long terme, c’est-à-dire de se comporter à chaque instant en fonction, prioritairement, de l’intérêt des générations suivantes.

C’est à dire encore, de se comporter dans chaque dimension de la vie, professionnelle et sociale, comme dans la vie familiale, quand nous donnons la priorité aux désirs et aux besoins des enfants, sur les nôtres.

Les conclusions de cette réunion furent passionnantes :

Il est devenu clair à tous que la tyrannie du court terme, en particulier dans la finance, comme dans la politique, c’est-à-dire l’absence de positivité dans la société actuelle, explique la crise financière, économique et morale de l’occident. Le chômage, la frustration, la précarité, en sont les marques les plus visibles. Demain, les dérèglements climatiques, la montée de l’obésité, l’aggravation des inégalités, la rendront intolérables. L’incapacité de la démocratie et du marché à tenir compte des besoins des générations suivantes en sont les principales faiblesses.

Il fut passionnant de voir comment d’innombrables expériences, dans le monde entier, entreprises par toutes les générations, dans tous les secteurs économiques, sociaux, écologiques, politiques, commencent à prendre en compte ces enjeux. Le statut juridique n’est pas tout : une entreprise privée peut être positive, une coopérative sociale et solidaire, un parti politique, une ONG, peuvent ne pas l’être ; tout dépend de la nature de leur production : une coopérative qui polluerait ou produirait des services financiers toxiques n’est évidemment pas positive, à la différence d’une entreprise purement privée, qui prendrait le plus grand soin de ceux qui y travaillent, de ses sous-traitants, de ses clients, et de son impact sur l’environnement.

Toutes se jugent à l’aulne de l’altruisme, et en particulier de l’altruisme à l’égard à l’égard des générations à venir.

Il fut très stimulant d’essayer d’utiliser ce critère pour juger de la valeur de telle ou telle proposition de réforme : investir dans l’éducation, la santé, les ports, les routes ou les chemins de fer est évidemment positif. Faire de la microfinance peut l’être, selon la façon dont on le fait. Consommer de l’énergie ou du sucre ne l’est évidemment pas ; travailler le dimanche peut l’être ou ne pas l’être, selon la nature des fonctions remplies.

Au total, la mesure du caractère plus ou moins positif d’une société décrit mieux qu’aucune autre la façon dont une société se dirige vers un avenir meilleur et durable. Plus même, l’idéal d’une société positive remplace avantageusement la réflexion sur une introuvable « troisième voie » entre le socialisme et le capitalisme : De fait, la société positive allie, si elle devient possible, tous les avantages de la liberté et de l’égalité, en les reliant dans l’altruisme.

Evidemment, aller vers une économie plus positive est un exercice presque impossible si on tente de le faire dans un seul pays. Il faut en effet d’abord réguler la finance, parce qu’elle impose aujourd’hui une mesure à court terme des résultats ; et cela ne peut être fait qu’à l’échelle mondiale. Il faut créer en effet des fonds d’investissements à long terme, imposer un taux d’actualisation moins élevé du capital, fonder un capitalisme patient. Cela ne peut se faire que mondialement. De même faut-il imposer une règle de droit mondiale, qui permettrait d’exiger de tous la même prise en compte de l’intérêt des générations à venir. Il faudra pour cela bouleverser le mode de pensée à l’égard de l’environnement, et faire de l’altruisme une façon privilégiée pour chacun de trouver son plaisir.

De l’individualisme à l’altruisme, telle est la mutation du sens même de la modernité qu’il faut entreprendre.

Le mouvement de l’économie positive ne fait que commencer. Il va se développer, avec la croissance de la responsabilité sociale des entreprises, de la prise de conscience des enjeux des climats, de la pauvreté, de l’obésité.

Pour ce qui nous concerne, nous allons continuer, tout au long de l’année, à l’aider à prendre son envol. Par des débats en France et par la démultiplication des forums du même genre, en Italie, au Canada, aux Etats-Unis en Indonésie.

Un beau chantier, dont les formes changeront au gré des apports de chacun. Et où tous sont bienvenus.
j@attali.com

Copyright LH Forum

Un grand merci à Jacques Attali pour avoir partagé sa vision de l’économie positive sur emosapiens.com

Bio Auteur >> Jacques Attali est président de A&A, société internationale de conseils en stratégie, basée à Paris, et président de PlaNet Finance, Organisation de Solidarité Internationale spécialisée dans le développement de la microfinance. PlaNet Finance est la plus importante institution mondiale de soutien à la microfinance. Elle conseille et finance le développement de la microfinance dans 80 pays et est à l’initiative du LH Forum, mouvement pour l’économie positive (www.ecoplus.tv). Retrouvez plus d’infos sur www.attali.com & Twitter @jattali

Ouvrage >> Pour une économie positive

Crédit photos >> Copyright Jacques Attali & LH Forum

Magazine pour gens entreprenants

Leave a Reply

— required *

— required *

Ad Area

Emosapiens.com est un Magazine pour gens entreprenants. Gratuit et accessible à tous, il à pour mission de propager le "virus entrepreneurial" en stimulant la confiance et l'audace.

Theme by Theme Flames, powered by Wordpress.