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mars 27, 2014 | by emosapiens
L’art d’échouer… sans s’échouer

By Philippe Gabilliet, Professeur de leadership à ESCP Europe

Echouer est une notion éminnement subjective. Elle découle d’une interprétation de la réalité et peut donc varier d’un individu à l’autre. Pourquoi certaines personnes sont-elles capables de traiter l’échec de manière positive alors que d’autres connaitront des difficultés à digérer les mêmes revers ? Comment se fait-il que nous ne soyons pas tous pourvus des mêmes capacités de rebond ? Quelles sont les « best practices » qui permettent de mieux appréhender les situations d’échec. Et puis d’abord, qu’est ce que réussir ?

Qu’est ce que Réussir ?

Selon les individus, plusieurs réponses peuvent être apportées :

- Réussir peut contenir une idée de posséssion >> AVOIR PLUS. Un plus gros salaire, une plus grosse maison, un gros bateau, deux gros bateaux …

- Pour d’autres, la réussite se niche dans le fait de FAIRE PLUS >> inventer un nouvel objet, créer des produits et services, bâtir un business, une maison, un empire…

- Et puis, pour certains individus, réussir devra obligatoirement contenir la notion d’accomplissement >> ÊTRE PLUS

Quelque soit votre profil, le sentiment positif de réussite naîtra lorsque vous considèrerez que vos actes sont en accord avec votre définition personnelle du succès.

Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant. André Gide

Qu’est ce qu’échouer ?

Le dictionnaire attribue trois sens au mot échouer :

- Rater, faillir. Il s’agit là du sens premier qui comporte une dimension clairement négative. Rater s’apparente à une défaite, un résultat non désiré que l’on subit de plein fouet et dont on paye les conscéquences.

- Le second sens est un sens maritime >> échouer, c’est toucher le fond ! Cette définition est intérressante car elle suppose l’idée que l’on ne pourra pas tomber plus bas. Toucher le fond, aussi négative que puisse être cette perception, contient intrinsèquement la notion de rebond.

- Enfin, le troisième sens traduit d’idée de s’arrêter quelque part >> « échouer dans un bar… » Cette définition véhicule l’idée d’inertie. Nous sommes dans un environnement où l’on ne bouge plus. La notion de rebond est clairement absente car échouer s’apparente ici à une panne sèche. Nous n’avons tout simplement plus d’énergie pour avancer et l’immobilisme improductif nous guette…

Les 3 manières d’expérimenter un échec

- La manière rationnelle >> on analyse l’échec. Expliquer rationnellement une situation d’échec peut nous aider à comprendre ce qui a dysfonctionné et qui a induit le résultat non souhaité. Si cette analyse est nécessaire pour éviter de reproduire des schémas incorrects, elle rencontre vite ses limites dans la mesure où l’expérience vécue est souvent traitée de manière affective. Echouer vous « prend aux tripes », c’est une expérience émotionnelle.

- La manière émotionnelle >> peur, honte, tristesse, culpabilité, désepoir, regret… le cocktail émotionnel post-revers laisse très souvent un goût amer… Et puis parfois, chez certaines personnes, l’échec créé de la joie ! En réalité, ce qui compte, c’est ce que notre inconscient nous raconte : notre discours interieur. L’expérience de l’échec a une place dans notre univers imaginaire. Certains la vivent comme une malédiction, d’autres comme une épreuve ou bien encore comme une punition. L’expérimentation émotionnelle varie d’un individu à l’autre : face à un même résultat, nous vivons tous une réalité à la fois singulière et très personnelle.

- La manière constructive >> Et si par hasard… l’échec était un apprentissage ? Cette façon de percevoir ce qui nous arrive modifie l’expérience. Et cela change tout ! Nous ne sommes plus victime du monde qui nous entoure et regagnons de ce fait une part de contrôle vis à vis de ce qui nous arrive. Nous ne sommes pas non plus coupable à 100% et cela permet d’externaliser une part de la responsabilité. Cette manière constructive d’appréhender l’échec permet de redistribuer les cartes : il s’agit d’une nouvelle donne, d’une occasion, d’une chance, d’un nouveau départ !

Rebondir est donc un art !

Rebondir est plus aisé lorsque nous demeurons dans le mouvement. Un changement d’écosystème ou d’entourage permet souvent de repartir sur de bonnes bases. Mais la façon la plus puissante d’opérer un changement reste encore de modifier notre perception des événements. Varier le prisme au travers duquel nous percevons la réalité permet de préparer un rebond de meilleur qualité.

Echouer n’est pas grave. Tant que l’on reste en mouvement.

Rester en mouvement est vital pour échapper au piège de l’inertie.
Pour rester en mouvement, il faut en permanence aller à la rencontre des autres. Sortir, explorer, tater le terrain. Se nourrir de rencontres et d’informations nouvelles ouvre des perspectives inédites. Ce sont autant de voies différentes que vous pourrez emprunter et qui constitueront les fondements de votre rebond. Les innombrables solutions sont commes des fruits dans un verger : il suffit de partir à leur rencontre pour être en mesure de les cueillir !

Le monde (économique, social) dans lequel nous vivons n’est pas obligatoirement « cool »

Misère, chomage, maladie, détresse… Le monde est un terrain de jeu, certes, mais un terrain qui peut parfois nous sembler miné ! Pourtant, depuis la nuit des temps, la vie a toujours retrouvé son chemin. L’espèce Humaine ne cesse d’évoluer, d’avancer, de s’adapter. Pour sa survie. Nous sommes génétiquement programmé pour explorer (et trouver !) des solutions >> notre cerveau reptilien, primitif, se charge des reflexes innés tandis que notre système limbique (émotionnel et mnésique) nous guide telle une boussole. Cerise sur le gâteau, nous sommes dotés depuis 3,6 millions d’années d’un néocortex qui nous permet de créer et partager des idées et solutions. Même si le monde n’est pas toujours « cool », nous sommes néanmoins équipés comme il se doit pour saisir les opportunités !

Celui qui échoue doit d’abord raconter son échec

Raconter oui. Mais en prenant grade à ne pas suivre un scénario culpabilisant et énergivore… La façon même dont vous allez raconter l’échec influe sur votre capacité à digérer celui-ci. S’accabler, se culpabiliser et se poser en victime aura pour effet de graver ce revers dans le marbre ! Il s’agira donc d’opter pour un storytelling constructif dans lequel vous pourrez externaliser une part de responsabilité et diminuer l’intensité de l’expérience émotionnelle vécue. Lorsque vous racontez vos déboires, une réécriture intervient dans votre cerveau. Prenez donc grarde à ce que la version que vous relayez auprès de vos proches soit orientée solutions !

Quelques clés mentales

- Même quelqu’un qui échoue possède des forces et des qualités. Il faut se demander « où suis-je bon ? » afin d’exploiter ses forces et talents au bon endroit. Personne n’est performant dans tous les domaines, il existe obligatoirement des territoires d’expression propices et des activités dans lesquelles nous sommes moins bons.

- Il faut savoir regler sa boussole >> « quel est mon désir ? » Le désir donne le nord ! Il nous indique le chemin vers la passion et le plaisir. Suivre cette boussole permet de se rapprocher de nos vraies valeurs. Et souvent de nos talents.

- Il demeure des choses qui sont difficiles à changer. Mettez plutôt votre énergie sur les éléments que vous pouvez faire évoluer, même si la modification est légère. Au bilan, c’est la somme de tous ces ajustements qui fera la différence.

- « Personne n’a jamais été demain matin » >> Nous sommes des êtres de bifurcation : tout notre avenir dépend de ces multiples bifurcations qui apparaissent chaque jour sans que nous en ayons toujours conscience. Très souvent, nous ne les voyons même pas venir ! Et pourtant, ce sont ces bifurcations qui font notre vie !

La vraie vie n’est pas faite avec ce qui va vous arriver. Votre vie est faite avec ce que vous allez faire de ce qui va vous arriver.

Derrière chaque échec se cache toujours une opportunité de bifurcation, une chance de rebondir, une occasion d’explorer d’autres pistes. L’échec est une matière première, à nous d’en faire un produit raffiné qui s’appelle une vie réussie.

Auteur >> Philippe Gabilliet, Professeur de leadership à ESCP Europe

Copyright Philippe Gabilliet

Voir sa conférence lors des #DiyDays Paris 2014  [à partir de 2h20]

Crédit image bandeau >> tennis magazine

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