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mai 19, 2014 | by emosapiens
Entrepreneurs, cultivez votre grain de folie !

By Nicolas Dufourcq, Directeur Général de Bpifrance.

 

L’entrepreneur qui possède un grain de folie, c’est celui qui, à 25 ans, décide qu’à 50 il sera leader mondial. Un état d’esprit qui consiste à se dire que, finalement, dans cette société moderne de l’hyper-protection rien n’est véritablement très risqué. La pyramide démographique actuelle requiert, pour secouer le pays, que les jeunes soient mus par un haut niveau d’énergie. Il faut mettre plus de pression, plus d’ambition afin qu’émerge cet état d’esprit qui est un mélange de folie, de courage et d’audace.

Avoir un tableau Excel dans la tête, plus une énergie vitale

Ma définition de l’entrepreneur à fort potentiel tient dans cette double caractéristique qui consiste, d’une part, à savoir compter extrêmement vite, à connaître où sont les « pompes à profit » et à projeter des business plan de manière quasi intuitive grâce à une solide aptitude au calcul ; d’autre part, à posséder une énergie vitale, véritable force motrice qui va permettre à l’individu de transformer ses idées en actions.

Si cette énergie peut être fondamentalement positive et alimentée par un fort désir, du plaisir ainsi qu’une réelle vision, il arrive néanmoins qu’elle puisse être une émanation d’un passé négatif… Avoir eu une enfance difficile, quand bien même cela s’avère être un handicap pour beaucoup, peut parfois générer chez certains individus un fort esprit de revanche. Le désir profond d’accomplir des projets et de relever des défis peut donc aussi trouver sa source dans le côté obscur d’un passé compliqué où tout n’a pas été toujours rose.

Le grain de folie : se dire, lorsque l’on a 25 ans, que rien n’est risqué

La notion de risque est toujours relative au risque moyen pris par une société. Ce dernier n’est donc pas une mesure universelle, il dépend de l’écosystème dans lequel on évolue. En l’occurrence, le risque moyen pris par la société française demeure faible. Quand bien même les générations contemporaines auraient du mal à se l’avouer (faute de pouvoir comparer), il est réaliste d’affirmer que les sociétés modernes sont en majorité plus protectionnistes que par le passé. Il existe bon nombre de filets de sécurité, plus ou moins transparents, qui sont là pour nous rattraper en cas de chute. De ce fait, trébucher induit rarement des conséquences vitales. Dans un monde où tout est protégé, où tout est fileté de tous côtés, on ne peut pas tomber.

Et cela représente une chance extraordinaire. Un individu qui prend ne serait-ce qu’un tout petit peu plus de risque que la moyenne tend à se démarquer. Et devient progressivement entrepreneur.

On est éduqué à se décourager

Il existe en France une culture de l’hyper-analyse du risque qui interdit de se projeter en avant. Nous sommes éduqués à nous décourager. Et comme s’il n’était pas suffisamment néfaste, cet excès d’analyse est doublé d’une coquetterie qui consiste à adopter un regard négatif et critique empreint de prétention vis-à-vis des projets des uns et des autres (et parfois même des siens). Tout est fait pour que cette aversion au risque germe chez les individus : l’école, la télévision et les débats instillent dans notre inconscient qu’il est plus prudent de rester sur la piste verte. Mais les choses changent progressivement, les gens commencent à aimer la piste noire.

Nous passons à la génération W

L’idéal type de la société salariale est en train de s’ancrer dans le passé. Nous passons progressivement à la génération W dont le leitmotiv pourrait se résumer comme suit :

« Je veux quand même travailler 80 heures par semaine. Mais travailler à m’accomplir totalement »

L’ingrédient qui relève la sauce est la quête de sens. Emergent, chez les nouvelles générations, cette envie profonde de rester maître de son navire et d’éviter le schéma parental de l’essoufflement carriériste dû à la sclérose organisationnelle des grands groupes. Les jeunes entrevoient d’autres pistes d’accomplissement et l’entrepreneuriat constitue une voie propice à cette quête de sens et à cette envie de changer le monde.

Celui qui possède un grain de folie, c’est celui qui, à 25 ans, décide qu’à 70 il sera leader mondial. C’est celui qui fait siennes des croyances telles que :

Je serai leader de ma commune, de mon département, de mon pays, et j’irai à l’international. Et on se souviendra de ce que j’ai créé. On se souviendra de mon nom.

Nous cherchons des « Kampf »

De telles ambitions supposent de posséder du charisme pour pouvoir emmener du monde avec soi. J’appelle ce modèle d’entrepreneur un « Kampf », du nom de Serge Kampf que j’ai bien connu pendant 9 ans chez Capgemini (qu’il me pardonne de le mettre en valeur). Celui-ci a créé son entreprise en 1967 dans un garage. Aujourd’hui, la société (dont il est toujours président) emploie 130 000 salariés. En 1967, alors qu’il n’avait que 30 ans, Serge Kampf avait pour ambition de dépasser IBM. Des profils tels que celui-ci, il en existe quelques centaines en France. Sans compter, évidemment, la nouvelle génération qui arrive.

Il se trouve que j’ai croisé un entrepreneur de cette trempe, il y a peu. Celui-ci m’a dit :

« J’ai eu une enfance difficile. Je sors d’une petite entreprise où mon frère m’a viré. La vie, c’est dur, mais moi je suis plus dur que tout le monde. Je compte plus vite que tout le monde, j’ai décidé d’être N° 1. Et je serai N° 1. »

A Bpifrance, on repère les « Kampf ». Et on leur donne tout. L’écosystème du financement de l’innovation en France est tout simplement monstrueux.

La France californienne

On peut très bien vivre dans un monde plus en phase avec ses projet en se forgeant une réalité positive. Il existe une France « californienne » qui bâtit sa propre destinée sans se soucier de la crise de l’Etat providence. Cet écosystème se protège de la coquetterie masochiste française qui consiste à entretenir la culture du découragement. Ces entrepreneurs ont décidé, par réflexe de préservation, de se couper d’une certaine partie de l’information. Ils apposent un filtre sur leur réalité afin d’échapper à une contamination émotionnelle et culturelle toxique à leurs projets. Cela libère leur énergie et leur potentiel.

Pour garder son énergie, il faut se confronter très vite au vent de l’international. Vivre la globalisation comme un principe de plaisir, plutôt que comme une fatalité, donne une énergie grandissante. Et permet de résister au vent contraire des contraintes du pays.

La conquête des médias

Les fleurons de l’entrepreneuriat doivent à présent faire la conquête des médias afin d’inspirer les plus jeunes générations. Nous leur disons qu’ils ont un rôle majeur à jouer, un rôle de modèle. Pour cela, le plus efficace demeure qu’ils soient présents dans la sphère médiatique, qu’ils soient vus dans des émissions de télévision. C’est par cette médiatisation « large spectre » que viendra l’avènement de la culture de la prise de risque et de l’ambition.

Le grain de folie est une locomotive, il possède un pouvoir de traction qui emporte, qui fédère, qui galvanise. Il constitue une énergie cinétique propre à infléchir les destinées individuelles, collectives et sociétales. Un état d’esprit qui se situe à la croisée des chemins entre vision, folie, courage et audace. Une posture mentale qui émerge d’abord chez des individualités rebelles avant d’inspirer une plus large population.

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Auteur >> Nicolas Dufourcq, Directeur Général de Bpifrance.

Alors qu’il suivait ses études à HEC et à ENA, Nicolas Dufourcq a créé cinq PME et a remporté le prix de la fondation Jacques Douce (1988).

Crédit image : my adrenaline .tv

Magazine pour gens entreprenants

2 Comments
  • Du courage, de l’ambition, des concessions, du caractère, de la patience, une constante projection par rapport à ce que sera l’entreprise dans 10, 20 ou 30 ans, autant de qualités qu’il faut posséder ou développer car peu de français croient en une personne qui essaie de se démarquer.
    j’ai par exemple en tête les mots de mon conseiller pro, un banquier qui vous dit que les résultats en fin de première année sont « petits » et qui range les auto-entrepreneurs dans la case escrocs qui ne déclarent pas correctement!
    Aujourd’hui mon entreprise existe depuis 3 ans et dans 2 ans je pourrai investir de nouveau pour continuer à développer l’activité.
    Il ne faut pas s’attendre à se faire encenser, certains membres de ma famille ne croient toujours pas en mon projet, pourtant je communique fort dans ma région et j’ai su m’entourer d’autres entrepreneurs compétents pour diversifier mon offre.
    Nous pouvons toujours faire mieux, j’ai des détails à régler et des améliorations à apporter, pour moi l’entreprise se doit de progresser constamment au risque de perdre des clients ou de ne plus en gagner.
    Ce genre de témoignage est porteur, il faut s’accrocher et parfois faire fi des commentaires dédaigneux, courage à tous les entrepreneurs!

    Michaël de Mikafloc

  • Bonjour à tous,
    Merci de cette analyse qui donne envie de se lancer, de faire bouger le système vers le haut, vers les autres sans se laisser envahir par la morosité ambiante…
    Donnons du sens à nos vies, à nos actions : entreprenons !!
    Cerise sur le gâteau selon moi : si en plus de gagner de l’argent nous pouvons contribuer à améliorer le monde comme par exemple les entrepreneurs du groupe SOS, des Nicolas METRO fondateur de Kinomé, des Coluche … alors le bonheur d’entreprendre et de partager sa réussite sera décuplé
    Courage à tous !!
    Pascal de CRISTAL Solutions

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