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février 5, 2016 | by emosapiens
Le portage salarial, une solution pour mieux travailler ?

Les formes juridiques destinées à recueillir une activité professionnelle sont aujourd’hui nombreuses. Beaucoup se sont développées ces vingt dernières années pour contrer du mieux possible le déferlement du chômage. Parmi celles-ci, le Portage Salarial a connu un essor continu, intéressant  des populations de plus en plus diversifiées. A l’origine investi presque exclusivement par des quinquas en transition ou en fin de carrière, le Portage Salarial a vu son audience s’étendre à des jeunes en quête d’autonomie après une première expérience, à des cadres entre deux postes ne voulant pas rester inactifs, à des femmes souhaitant maîtriser leurs différents temps de vie et briser un plafond de verre limitant leur progression professionnelle et enfin, auprès des jeunes retraités désirant poursuivre une activité à temps partiel. La population intéressée par le Portage Salarial est aujourd’hui suffisamment nombreuse et diversifiée pour que l’on s’interroge sur l’impact psychosociologique d’une telle formule sur ceux qui la pratiquent au quotidien.

Tout d’abord, nous devrons considérer la diversité évoquée ci-dessus qui suppose à l’évidence des motivations, des vécus et des sentiments différents. Nous tenterons ensuite de faire le lien entre ces données et les caractéristiques propres au Portage Salarial.

Le portage salarial, une porte de sortie ?

Si le Portage Salarial est devenu de plus en plus attrayant au fil des années, c’est principalement qu’il a su rassurer par des textes législatifs et réglementaires précis issus d’un dialogue social continu au sein d’instances siégeant depuis près de deux décennies. Ainsi, très nombreux furent ceux qui ont pu s’ouvrir en toute confiance à cette formule.

Certes, nous l’avons souligné, le chômage des cadres fut le facteur déterminant de ce succès, mais ce serait faire fausse route que d’imaginer qu’il reste aujourd’hui Le facteur décisif. En effet, on constate que si les personnes tentent l’aventure du Portage à l’occasion d’une rupture d’emploi, il serait inexact de considérer qu’elles le font parce qu’elles n’ont pas d’autre alternative.

C’est en fait le système d’indemnisation du chômage qui donne aux candidats l’occasion de s’essayer à une forme nouvelle d’activité sans pour autant courir le risque de se retrouver à court de revenus. On a donc recours au Portage majoritairement pendant la période d’indemnisation et plutôt au moment où celle-ci commence. Ce qui tendrait à démontrer que les candidats au Portage ne sont pas des chômeurs acculés par la perspective négative de l’absence d’indemnités en fin de période.

Si, au point de départ de la formule, celle-ci intéressait principalement des quinquas en difficulté de reclassement, les choses ont évoluées nettement sous l’impulsion d’une tendance sociologique lourde : l’aspiration à plus d’autonomie. Cette motivation peut se résumer par la formule suivante citée par un  jeune consultant porté : « Je préfère avoir cinq client qu’un employeur. Aujourd’hui c’est plus rassurant pour la pérennité de mon activité ». Certes, une fois encore ce sont les changements économiques qui inspirent une telle déclaration. Mais faut-il en conclure pour autant que le choix d’être porté se fait par défaut ?

Je ne le crois pas et il me semble que si la sécurité de l’emploi devait être restaurée, rien ne changerait vraiment pour les portés qui sont engagés avec succès dans la conquête d’un portefeuille de clients leur assurant un niveau satisfaisant d’activité. Il est peu probable qu’ils reviendraient en arrière pour postuler dans un emploi classique.

Quelle que soit la motivation, il est important de souligner qu’on ne vient pas au Portage par dépit. Pour y rentrer et y demeurer, il est en effet nécessaire d’établir des relations positives avec des clients qui seront satisfaits du service rendu et ainsi renouvelleront leurs commandes. Cet état de fait est certes un facteur de sélection mais il pourrait également expliquer pourquoi la majorité des portés se déclare satisfaite de la formule et des conditions de vie qu’elle infère.

Le portage salarial, un choix adapté à notre marché du travail

Pour autant, tous ceux qui viennent au Portage ne sont pas nécessairement intéressés par un engagement à long ou moyen terme. Près de 40 % côtoient un temps cette formule pour mieux vivre un moment de transition entre deux postes.

Que le marché soit proche ou éloigné du plein emploi, les ruptures dans la carrière d’un cadre sont de plus en plus fréquentes. Les entreprises ont tendance à ajuster leurs effectifs à leurs besoins avec de moins en moins de scrupules, quitte à payer des indemnités parfois élevées. Contrairement aux idées reçues et justifiées par la situation des autres catégories, le marché de l’emploi des cadres est loin de s’inscrire dans le cadre général d’un chômage dépassant les 11 % de demandeurs.

L’INSEE estime aujourd’hui le chômage des cadres à 4,5 %. Certes, il convient d’apporter des nuances suivant les différentes catégories d’âges ou de métiers. Mais ceci montre que le Portage reste utile dans une situation proche du plein emploi (celui-ci s’estime à partir d’un volant de chômage de 4%) ne serait-ce que pour faciliter la fluidité du marché en permettant aux demandeurs de multiplier les expériences inter-emplois et de trouver ainsi des occasions de se faire apprécier. C’est un fait, on retrouve plus facilement un emploi lorsqu’on envisage une activité à temps partiel comme je l’expliquais dans cet article.

Une autre catégorie plébiscite le Portage : les femmes en recherche d’un équilibre de vie souvent difficile à obtenir dans un cadre classique d’emploi. Deux facteurs se conjuguent : la nécessité de rendre compatibles de multiples exigences (besoin d’un salaire, de périodes de développement personnel, de vie familiale, d’épanouissement professionnel…) et la difficulté de faire jeu égal avec les hommes dans la plupart des entreprises où de fait les hommes accèdent plus facilement aux postes les plus élevés. On comprend dès lors qu’elles puissent souhaiter exprimer leur potentiel à la mesure de leur talent et dans un temps choisi ou tout au moins sous contrôle.

Les enjeux du consultant en portage salarial

Les trois groupes de portés que nous venons d’évoquer constituent l’essentiel des personnes en activité au sein des entreprises de Portage. On peut dire qu’elles sont plutôt satisfaites de la formule et de la manière dont elles peuvent développer leur activité professionnelle. Mais est-ce pour autant qu’elles vivent un bonheur béat et sans stress ?

Certes non ! Deux facteurs importants d’inquiétude peuvent subsister, le premier tient au niveau d’activité. Conquérir une clientèle suffisante est assez long : entre dix-huit mois et trois ans selon les personnes et les métiers. Ceci génère souvent une inquiétude quant au revenu nécessaire au maintien de son niveau de vie. Également, lorsque les commandes se multiplient, naît l’angoisse de ne pas pouvoir faire face. D’où l’utilité d’être bien accompagné pour traverser ces périodes difficiles. Certaines sociétés de Portage constituent des communautés de travail où il est possible de recevoir conseils, soutien et échanges avec des pairs qui ont traversé les mêmes difficultés. Il n’en est pas moins vrai qu’une faible part des personnes qui ont su vendre une première mission ne trouveront pas en elles–même les ressources suffisantes pour continuer et dans ce cas se retourneront à nouveau vers Pôle Emploi.

Pourquoi le portage salarial séduit-il ?

Si le Portage a connu un tel développement, c’est avant tout parce qu’il rassure. Si ce n’était pas le cas, les portés se seraient avant tout tournés vers l’auto-entreprenariat, le travail libéral ou la création d’entreprise. Trois facteurs rendent le Portage attrayant :  la continuité de la protection sociale qui demeure à l’égal de celle des salariés, l’impact d’une organisation solide sur les clients et le sentiment de ne pas être isolé et ainsi de pourvoir apprendre un nouveau métier et adopter une posture nouvelle.

Dans les moments où l’initiative personnelle pourrait fragiliser ceux qui s’arment de courage, limiter son exposition aux risques est un réflexe normal. Avec le Portage, les conséquences d’un échec sont ainsi limitées et les chances de réussir optimisées. C’est ce qui a fait le succès du Portage que l’on croyait à l’origine limité à quelques cas exceptionnels s’inscrivant dans une époque largement dépassée.

Ainsi est née une nouvelle population d’entrepreneurs qui, dans une communauté de travail, trouvent les moyens de leur autonomie hors des images sacrificielles trop souvent attachées à la création d’entreprise.

Bille écrit par Roland BRECHOT, Vice-Président d’ITG, pour Emosapiens

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